Kusama, artiste de pois

Publié le par ATMPJ

L'artiste japonaise vit toujours dans un hôpital psychiatrique. À 83 ans, fêtée de Paris à New York, elle entame une collaboration avec Louis Vuitton.
Le silence s'est presque fait sur la 5e Avenue. C'est dire si le spectacle déconcerte. Une haute façade couverte de tentacules blancs et noirs. Une foule qui attend religieusement devant des vitrines cachées par des stores blancs. Le soleil frappe impitoyablement. La sueur perle sur les fronts et les épaules, jusque sur les écrans d'iPhone brandis, prêts à shooter. Et soudain, poussée sur un fauteuil roulant par un petit homme tout en noir à chapeau melon, elle surgit.

Petit bout de femme à la chevelure écarlate, le corps enveloppé d'une robe du même imprimé tentaculaire que la façade, les yeux cachés sous la frange par une énorme paire de lunettes jaune à pois noirs. Derrière elle, les stores tombent et les vitrines dévoilent une flore turgescente, une forêt de stalagmites rouges, de langues végétales, de pétales d'anémones de mer géantes et cramoisies...

L'assistance applaudit, la petite dame prend le micro des mains du président Yves Carcelle et déclare, d'une petite voix tremblée qui mélange l'anglais et le japonais : "Nous devons être heureux. C'est un message vital dans un monde où il y a tant de guerres et de terrorisme." Qui est-elle ? Yayoi Kusama, surnommée "La princesse aux petits pois". Une divinité vivante qui, au Japon, a le droit de quitter la table même quand l'empereur y siège. Elle a 83 ans et c'est l'une des artistes les plus importantes au monde. Quatre expositions viennent de lui rendre hommage de par le monde, du Centre Pompidou à Paris à la Tate Modern de Londres.

Le Louvre-Lens lui a commandé une énorme mosaïque et la marque Louis Vuitton, qui derrière elle déploie ses fastueuses vitrines, vient d'entamer avec elle, après Stephen Sprouse, Richard Prince et Takashi Murakami, une fructueuse collaboration artistique, alors que s'ouvre, à New York, une exposition au Whitney Museum.

Au 4e étage de la maison Vuitton, où la prophétie d'Andy Warhol selon laquelle les grands magasins deviendraient des musées et les musées des grands magasins semble réalisée, la dame impressionne. Un mélange de Margaret Thatcher et de Brigitte Fontaine qui, alors qu'on mentionne le nom d'Andy Warhol, réplique avec un regard qui vous foudroie : "Toutes les idées d'Andy viennent de moi." C'est qu'elle l'a bien connu, le faux albinos de Pittsburgh.

Quand, à la fin des années 60, venue d'un Japon "trop féodal" pour elle avec dans ses valises 60 kimonos de soie et 2 000 dessins et peintures qu'elle prévoit de vendre pour subsister, elle faisait les beaux jours de l'art contestataire à New York, éblouissant par ses installations le pape du pop art et le philosophe Félix Guattari. Les vitrines de l'exposition du Whitney sont éloquentes : on la voit, drôle de lutin aux longs cheveux noirs, souvent nue et couverte de pois. Car les pois, c'est, bien avant Damian Hirst, qui l'interviewa en 1998, la marque de fabrique de l'art de Kusama. Nés d'une terrible vision.

 

Retrouvez la suite sur Le Point.

 

Pour dévouvrir la collection:http://louisvuittonkusama.com

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