Entre Séoul et Tokyo, un îlot cristallise les rancœurs

Publié le par ATMPJ

Trente-cinq ans de colonisation de la péninsule par le Japon impérial et des siècles de guerre ne se laissent pas oublier.

Même la trêve olympique en a fait les frais. En brandissant bien haut une pancarte proclamant «Dokdo est notre territoire!», vendredi à Londres à l'issue du match remporté face au Japon, le milieu de terrain sud-coréen Park Jong-woo s'est attiré les foudres du CIO, qui l'a privé de sa médaille de bronze pour avoir mentionné l'île de la discorde. Il faut dire que ce match pour la troisième place du tournoi olympique de football opposant les «diables rouges» de Séoul à leur ancienne puissance coloniale s'est déroulé sous haute tension. Le matin même, à 9000 km de là, le président sud-coréen, Lee Myung-bak, effectuait une visite surprise sans précédent à Dokdo, ce rocher strié par les vents, planté au large des côtes des deux puissances rivales et dont Tokyo clame la souveraineté sous le nom de Takeshima. Une première historique pour un chef d'État sud-coréen et une véritable provocation aux yeux du Japon.

En signe de protestation, le gouvernement nippon a immédiatement rappelé son ambassadeur à Séoul et promis des représailles. La visite éclair de Lee sur ce roc escarpé de 35 hectares aura «un grand impact sur les relations» bilatérales, a prévenu Koichiro Gemba, le ministre des Affaires étrangères japonais. Après avoir tenu une réunion de crise samedi, le gouvernement nippon envisage de porter le différent territorial devant la Cour internationale de justice à La Haye.

Une menace déjà vouée à l'échec puisqu'une telle démarche juridique requiert la coopération de Séoul qui a immédiatement réaffirmé son veto. Déjà, en 1954, lorsque la Corée avait bâti un phare permettant d'abriter quelques gardiens au sommet de ce pic décharné, Tokyo avait tenté en vain de traîner le dossier à la cour. Pour la Corée, qui s'appuie sur des cartes du XVIIIe siècle pour clamer sa souveraineté sur ces rochers baptisés Liancourt par les baleiniers français, le dossier est clos. «Nous avons déjà le contrôle effectif des îlots, nous n'avons pas besoin d'une confirmation de la cour. Dokdo fait indéniablement partie de notre territoire», martèle la diplomatie sud-coréenne. Séoul maintient cinq habitants sur l'île équipée du dernier cri technologique et surtout peut compter sur le soutien moral quasi unanime de sa population.
Interdépendance économique

Car Dokdo cristallise pour les Sud- ­Coréens toutes les rancœurs accumulées durant trente-cinq ans de colonisation brutale de la péninsule par le ­Japon impérial (1910-1945) et s'ajoute à des siècles de guerres. Un passé qui ne passe pas et empêche une normalisation des relations bilatérales en dépit de l'interdépendance économique qui unit les deux rivaux.

Derrière la silhouette escarpée de Dokdo placardée dans les stations de métro de Séoul et sur les bouteilles de soju, l'alcool local, les Coréens voient le drame des «femmes de réconfort», ces esclaves sexuelles réquisitionnées par l'armée d'Hirohito pour lesquelles Tokyo refuse toujours de s'excuser. Ou encore la bataille territoriale pour la dénomination de la «mer du Japon» que Séoul veut appeler «mer de l'Est».

La visite commando du président conservateur, plébiscitée par 87 % des Sud-Coréens, attise un peu plus les tensions avec l'Archipel. Déjà en juin, Séoul avait dû suspendre la signature d'un pacte bilatéral de coopération militaire sans précédent sous la pression de son opinion publique. Mais ce joli coup de pub pour un président sortant au plus bas dans les sondages pourrait se révéler contre-productif, pointent certains analystes. «Cette visite abrupte donne l'impression à l'opinion mondiale que Dokdo est une zone de conflit, un dossier non résolu», pointe un officiel sous couvert d'anonymat. Une brèche dans laquelle la diplomatie nippone espère s'engouffrer.

 

Source:Le Figaro.

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